Renouer avec son corps

Avant ou après mon coming-out trans, mon corps a toujours été un problème, et pas forcément sur ce que l’on pourrait penser de prime abord lorsque l’on parle de transgendérisme. On s’attend au manque de seins, le rejet du pénis, mais dans mon cas cela était surtout lié à ma morphologie, éctomorphe, doublée d’une taille relativement importante, 1,85m.

Au maximum que j’ai atteint…

Adulte, c’était vraiment l’enfer, constamment entendre dire que l’on est trop mince pour un mec, voire « être une femme », alors que l’on ne se sent pas à sa place dans la case « mec », et que forcée par les choses, on doive tenter de s’y conformer. Hélas être éctomorphe, ça veut dire porter autant à la musculation que les autres, mésomorphes ou endomorphes, paraissant, eux, musculeux, tout en ayant l’air d’avoir une faible musculature. Un complexe que j’ai tenté de régler durant de nombreuses années, avec une alimentation riche, des pots de protéines, de la créatine, et autres stimulants, sans avoir les changements que j’espérais (je n’ai atteint que 85kg, et il me fallait entretenir ce poids, sinon je perdais très vite).
Finalement, ça n’est que depuis peu que je réalise que mon corps est un atout, et que si je n’ai pas eu la carrure de l’irlandais ou italien moyen (mes origines), c’est probablement car j’étais destinée à être une femme de 65kg, mon poids moyen, même si certains détails de mon corps ont poussé les gens à penser le contraire. Plus « drôle », je me sens même finalement un peu privilégiée par rapport aux personnes dont le corps handicape leur passing. Idem avec mon visage d’ailleurs, car j’ai la chance de ne pas avoir les traits durs, et me permet d’avoir un passing relativement correct sans hormones (mais avec maquillage!).
Cela ne veut pas non plus dire que je bondis de joie, car j’ai toujours des complexes, mais en laisser derrière soi que l’on avait depuis une vingtaine d’années a un effet libérateur, ce qui me conforte dans l’idée que mon coming-out était la meilleure chose à faire. 🙂

Le coming-out !!!

Proches et moins proches ont déjà lu ce compte-rendu via mon Facebook, mais étant donné que mon blog parle de ma transition, il semblait assez évident de vous faire part ici aussi de mon coming-out. Ce compte-rendu concerne celui à ma mère, mais en complément je dirai que ça s’est également bien passé avec mes proches, famille (pater exclu) ou vieilles branches.
Bref, voici ce que j’avais publié ! 🙂

Voilà voilà, sur les 78.945.661.231 étapes requises pour devenir une femme¹, une de plus vient d’être achevée !

— Et voici sans plus attendre…. Le coming-out à la maman !!!

— Qu’a-répondu la maman après cette annonce ?

*Tic-tac-tic-tac-tic-tac*

« Mais pourtant tu es né avec les attributs masculins, non ? »

— Mais alors qu’a bien pu rétorquer cette « femme » avec une bite ?!

« Euh… Maman… Est-ce qu’une femme se définit uniquement avec son vagin ? »

— Quelle insolence ! Petit con !

« Bah euh non mon fils »

— Hein, non mais oh ! Il lave le cerveau de sa mère avec des concepts satanico-reptiliens anti judéo-chrétiens comme la « théorie de genre », quel attentionwhore CELUI-LÀ !!!

« Bah voilà maman, et quand je t’ai dit petit que je voulais être une fille c’était pas pour rigoler, tout comme le malaise insupportable à être entouré par des mecs, alors que j’aurais préféré jouer avec les filles, tout comme le malaise que j’ai ressenti à la fin de ma puberté, où dans ma glace on y voyait définitivement un homme, que j’ai réalisé que je n’étais pas moi, et que je me suis mise à avoir crise d’angoisse sur crise d’angoisse, me désociabiliser totalement, étant incapable d’assumer au quotidien une apparence qui n’est pas la mienne »

— Bah voilà. Lavage de cerveau. Classique des Nota Bene² ça…

Ta gueule le commentateur, de toute façon j’ai fini, je voulais juste vous faire part avec un peu d’humour de cet évènement. J’ai sué suffisamment d’eau pour immerger tout le Sahara, mais c’est fait.
À la défense de ma mère, elle est comme tout le monde, elle ignore totalement ce qu’est une personne transgenre, et même si certains de ses mots ont été forcément durs à entendre, je sais déjà que mon père me reniera immédiatement, étant un profond raciste homophobe, qui m’a battue pendant mon enfance, notamment parce que je n’avais rien du comportement d’un garçon. Mais bref, je ne vais pas m’étaler sur son sujet, on a dit AVEC DE L’HUMOUR !

Bonne soirée à toutes les personnes qui me liront (désolée si je ne la souhaite pas à ceux qui ne me liront pas, mais s’ils ne me lisent pas comment pourrais-je le faire ? ^o^)

¹aux yeux de la société et leurs exigences socio-juridiques binaires.
²Nota Bene : référence aux Non-Binaires.

Je vous invite également à lire cet article où je me présente ! 😉

Open-world de mon monde !

resurrectionBienvenue à toi l’internaute !

Ce message est un message d’ouverture, similaire à ce que l’on pourrait définir comme « préface », expliquant aussi bien qui je suis que l’endroit où tu viens d’arriver.
Mon nom tu le connais déjà, il est dans ta barre d’adresse, passons.
J’ai été assignée garçon à la naissance, mais n’étant pas de la famille des éléphants, mes premiers pas sont lointains, cependant je me rappellerai toujours de ma première manifestation de ce que l’on appelle une dysphorie du genre.
Je ne me sentais pas en phase avec ce pour lequel on me prenait, et j’ai dit à ma mère « maman, j’aurais aimé être une fille ». Au milieu des années 80, inutile de vous dire que cette phrase sonnait absurde, ce qui n’a d’ailleurs guère changé, bien que certaines émissions commencent à se pencher sur le sujet.
Elle me demanda « pourquoi ? ». Une question qui pour moi rejoignait l’absurdité précédemment citée. Ma réponse le fut elle-aussi tout autant « parce que j’aurais voulu pouvoir faire des bébés ».
Que ce soit dit, et BIEN dit, le genre, féminin ou masculin, ne se situe pas entre vos cuisses, ni dans votre cortex, le cerveau étant neutre (cf. plasticité neuronale), mais c’est quelque chose que vous ressentez en vous, et extrêmement difficile à décrire. Imaginez simplement que votre esprit soit transférer dans un corps de sexe opposé. Plus rien ne serait, en mesure des législations actuelles, capable de prouver votre genre, si ce n’est votre certitude de celui auquel appartenir, or la bonne foi est le dernier des critères pris en compte lorsque la justice délibère : bienvenue en prison, votre corps.

transContinuons notre histoire.
Par la suite j’ai connu, tristement, ce auquel la plupart des enfants transgenres mal entourés sont confrontés, un rejet du père, homophobe, qui à chaque coup qu’il lui assène, le traite de « fille », tout en lui demandant, évidemment, d’arrêter de pleurer « comme une fille ». Ma mère n’ayant de surcroit aucune influence au sein du foyer, et moi refusant la moindre autorité, ma seule option a été de me dresser éternellement contre mon père, car bien que je fusse sans cesse perdante, il était hors de question qu’il s’en sorte sans un souvenir de nos altercations. Une gouttière sciée en deux, une lunette arrière de Renault 19 explosée, cela pourrait me faire passer pour une sado-maso, or lorsque votre père vous bat sans raison, autant « rentabiliser » cela au maximum, d’autant plus qu’au collège, privé et d’excellente réputation, les choses n’étaient guère mieux et aucune autorité paternelle ne s’est manifestée afin d’endiguer cela.
Lorsque toutes les filles de cinquième ont signé un carnet attestant que j’étais le plus laid du collège, alors que je me gavais de jeux-vidéo et films d’horreur, je suis devenue la preuve vivante que ces univers ne rendent pas violent.
Faut dire que je cumulais les tares, en plus d’être faussement assignée garçon et d’une timidité maladive, j’avais un an d’avance sur les autres, et ma croissance laborieuse faisait que j’étais plus petit que les filles, et aussi plus faible, en plus d’être fascinée par un univers dont un nombre incroyable de membres sont passés par le suicide dans les années 80/90 : l’univers geek. Biologie, électronique, informatique, jeux-vidéo, science-fiction/horreur/fantastique, heroic-fantasy, comics, mangas, en résumé j’arborais une gigantesque pancarte « KICK ME! ». En outre, j’ai recouru à la même technique qu’avec mon père, me venger, encore et toujours, peu importe le retour, quitte à me faire rosser ou finir en colle.

kick-me

Puis, un dernier poids est venu davantage troubler ma vie, l’arrivée de mon frère. Vous me direz, cela aurait pu m’alléger d’un peu de la pression paternelle, hélas non, puisque celui-ci pavoisait de voir que les courbes de croissance du carnet de santé de mon frère lui étaient bien plus favorables, tout comme ses résultats scolaires ou sa beauté, PARENTING LEVEL : SHIT.
Par la suite les choses se sont améliorées, mes parents ont divorcé, et après un an avec mon père j’ai réussi à m’en extirper pour rejoindre ma mère et mon frère, à Dijon, puis à l’ouest de la région parisienne, et bien que les fins de mois furent difficiles, ce furent mes meilleures années.
error twiceÀ vingt ans, certainement trop jeune, je me suis installée avec une jeune femme, mais cela n’a pas dépassé deux années, puis par la suite je suis revenue certainement là où je n’aurais jamais dû revenir (ou peut-être que si ?), là où j’ai grandi, en Picardie. J’ai renoué avec mon père, mais je me suis surtout engluée dans ce microcosme où je tentais de me protéger de mes angoisses, ma timidité évoquée plus haut s’étant transformée au fil des années en agoraphobie et phobie sociale. Printemps 2012, sans traitement ni suivi depuis des années, je n’étais plus capable de sortir seule de chez moi, et ma compagne décida de mettre fin à notre relation, après six années de vie commune. Je pourrais lui en vouloir, mais comment en vouloir à une personne de quitter un fantôme ? Un fantôme qui avait malgré tout dans son coeur sa fiancée et sa fille, car bien que le proverbe dise que l’on ne peut aimer que si l’on s’aime soi-même, j’y arrivais quand même.
Quoiqu’il en soit, je me retrouvais à nouveau seule, et bien que mes phobies furent toujours présentes, j’ai remonté progressivement la pente, sortant de nouveau, jusqu’à rencontrer la personne qui m’a fait quitter cette ville hors de laquelle je ne m’étais aventurée depuis des années. Hélas cette relation a vite foiré (mais sommes restées amies), l’employeur pour lequel je travaillais ne m’a jamais payée, je n’avais plus de domicile, et sans ma compagne actuelle je ne serais probablement pas là à vous saouler avec mon ersatz de roman.

AHSOn en arrive à maintenant.
Maintenant, j’ai un domicile, je travaille à mon compte, dans le domaine qui me plait, vulgairement baptisé « informatique », mais plus spécifiquement, dans mon cas, le développement de sites web, l’infographie et la vidéo (réalisation de clips, jingles…). Je passe également beaucoup de temps à écrire, puisque je suis aussi critique ciné (avantage de la solitude, développer ses compétences), et aussi auteure à mes heures (je travaille d’ailleurs sur un docu féministe, je vous en reparlerai ultérieurement).
J’ai entamé ma conversion au judaïsme après une longue passion théologique qui a démarré durant mon adolescence, notamment par le biais du bouddhisme, qui reste toujours pour moi source d’inspiration, mais également le celtisme irlandais, de par ma famille maternelle irlandaise, ainsi que la plupart des autres, mais il y en a trop pour les énumérer.
Forcément, rien n’est parfait, et mes problèmes de croissance évoqués plus haut, et non traités, ont conduit aux complications de mon Osgood-Schlatter, qui me donne la sensation de me prendre des coups de marteaux sous les rotules à chaque pas, ce qui est particulièrement douloureux, même lorsque l’on y est habitué depuis plus de vingt ans ! (et parfois sans bouger)
Le positif, il y en a toujours, et je l’avais gardé pour la fin, c’est mon coming-out, que j’ai décidé de faire il y a quelques semaines. J’ai réalisé, après la fusillade au Bataclan à quelques kilomètres de chez moi, ainsi que les divers attentats ayant eu lieu dans le monde au même moment, en plus de mes 35 ans arrivant, que si chacun des morts pouvait me parler, il me dirait de vivre ma vie comme je l’entends, et non de la façon dont on me force, car cela serait me priver de l’un de mes droits élémentaires, même si des gens penseront inévitablement le contraire.

Mon but est donc, avec ce blog (et vlog!), de parler de ma transition, du droit des trans, de féminisme, des univers qui me plaisent, en somme vous offrir un Call Me Caitlyn bien plus proche de la vie d’une personne trans standard.

Merci à toi de m’avoir lue, et n’hésite pas à poser des questions, mon but étant aussi d’y répondre afin que les échanges avec le lectorat ne soient pas à sens unique 🙂

NB: des passages de ma présentation ont été écourtés car vu que je vais revenir dans le futur sur certains points je n’ai pas envie de les développer maintenant (ou alors parce que c’était trop trash, exemples : actes de torture que j’ai subis, automutilations, TS…). C’est une présentation, pas une biographie.😉

Artemis